Article rédigé par Elea Arabi-Battini, IAN Arts Plastiques

Quand le langage avec la machine devient un outil de création en arts plastiques

L’émergence des intelligences artificielles génératives transforme profondément les pratiques de création contemporaines et soulève de nouvelles questions sur les manières de produire des images. Parmi ces pratiques émerge aujourd’hui ce que l’on appelle le prompt art, une démarche artistique qui consiste à créer une image à partir d’une description textuelle soumise à une intelligence artificielle. Le texte devient alors un véritable outil plastique : l’artiste ne dessine plus directement l’image, mais construit une intention à travers des mots, des descriptions, des références visuelles ou des ambiances que l’outil numérique interprète.

Cette pratique s’inscrit pleinement dans les enjeux contemporains liés à la production d’images et à l’évolution des outils de création. Le prompt s’impose comme une forme de langage artistique, capable de générer des univers visuels tantôt réalistes, poétiques, expérimentaux ou résolument fictionnels. À travers cette démarche, l’artiste investit autant l’écriture que la création visuelle : le choix des mots, leur précision, leur agencement ou encore les références convoquées façonnent directement le résultat final.

L’image générée naît ainsi d’un dialogue entre l’intention créatrice de l’humain et l’interprétation algorithmique, révélant une collaboration inédite entre art et technologie.

Dans le champ des arts plastiques, le prompt art ouvre des perspectives particulièrement intéressantes puisqu’il permet d’interroger simultanément le langage, la représentation, la narration et le statut de l’image numérique. Cette pratique soulève également des questions essentielles autour de l’auteur et de la création contemporaine : qui crée réellement l’image ? L’artiste qui rédige le prompt ? L’intelligence artificielle ? Ou le dialogue qui se construit entre les deux ? Ces questionnements rejoignent directement les réflexions actuelles autour des images générées, des outils numériques et des nouvelles formes de création assistée.

Plusieurs artistes contemporains explorent aujourd’hui ces nouveaux territoires visuels. Refik Anadol développe des installations immersives à partir de données et d’algorithmes génératifs, tandis que Mario Klingemann expérimente les capacités créatives des réseaux neuronaux pour produire des portraits et des images hybrides. Le collectif Obvious a également contribué à rendre visibles ces pratiques avec des œuvres générées par intelligence artificielle présentées dans le champ de l’art contemporain. D’autres artistes utilisent ces outils pour créer des univers proches du rêve, de la photographie fictive ou de l’image cinématographique.

L’intérêt du prompt art dans l’enseignement des arts plastiques réside notamment dans sa capacité à replacer l’intention artistique et la réflexion critique au centre du processus de création. Les élèves doivent apprendre à formuler une idée, à construire une ambiance, à décrire un univers ou à mobiliser des références visuelles précises afin d’obtenir une image cohérente avec leur intention. Le travail ne se limite donc pas à “faire générer une image” mais consiste à comprendre comment le langage peut produire des formes visuelles.

Au collège

Cette pratique offre l’opportunité d’explorer de nombreuses notions inscrites dans les programmes scolaires, telles que la fiction, la narration, la représentation, le statut des images numériques ou encore les écarts entre intention et résultat. Les élèves peuvent, par exemple, créer des paysages oniriques, des portraits imaginaires, des architectures utopiques ou des scènes inspirées du cinéma et des jeux vidéo.

Le prompt art invite également à questionner les stéréotypes visuels produits par les intelligences artificielles, ainsi qu’à interroger les limites de ces outils dans leur capacité à représenter le réel.

Au Lycée

Et particulièrement en enseignement de spécialité arts plastiques, cette pratique prend une dimension encore plus réflexive. Elle permet d’engager une réflexion approfondie autour des mutations de la création contemporaine, du rôle des outils numériques et des nouvelles relations entre texte et image. Les élèves peuvent développer des projets mêlant photographie, vidéo, installation, écriture ou création générative afin d’explorer les nouvelles formes de production visuelle liées à l’intelligence artificielle.

De plus, les questions écologiques liées à l’intelligence artificielle permettent d’amener les élèves à développer un regard critique sur les outils numériques qu’ils utilisent quotidiennement. Derrière la génération rapide d’images se cachent des infrastructures très énergivores : centres de données, calculs massifs, stockage et consommation électrique importante. La facilité de production offerte par l’IA questionne également la surproduction d’images et notre consommation permanente de contenus numériques. En enseignement de spécialité arts plastiques, ces enjeux permettent ainsi d’interroger la responsabilité du créateur face aux technologies qu’il utilise et d’aborder les relations entre création contemporaine, innovation technologique et impact environnemental.

Enjeux et conclusion 

Le prompt art permet également d’aborder des problématiques très actuelles autour de la circulation des images, des fake news, de la manipulation visuelle ou encore des représentations produites par les algorithmes. À travers ces expérimentations, les élèves développent non seulement des compétences artistiques et numériques, mais aussi un regard critique sur les images qui circulent aujourd’hui massivement dans les espaces numériques.
L’usage de l’intelligence artificielle dans la création artistique soulève aujourd’hui de nombreuses questions éthiques qui traversent autant le monde de l’art que celui de l’éducation. Le prompt art et les images générées par IA interrogent d’abord la notion d’auteur : qui crée réellement l’image lorsque celle-ci est produite à partir d’une base de données alimentée par des millions d’images préexistantes ? L’artiste qui rédige le prompt conserve-t-il une place centrale dans le processus de création ou devient-il davantage un guide orientant les choix de la machine ?

Ces pratiques questionnent également la question du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle. De nombreuses intelligences artificielles génératives ont été entraînées à partir d’œuvres, de photographies ou d’illustrations réalisées par des artistes qui n’ont parfois jamais donné leur consentement. L’IA devient alors un outil capable de reproduire des styles, des ambiances ou des esthétiques proches du travail d’artistes existants, soulevant des débats autour de la réutilisation des images et de la reconnaissance du travail humain.

Les biais présents dans les intelligences artificielles constituent aussi un enjeu majeur. Les images générées reproduisent souvent des stéréotypes sociaux, culturels ou esthétiques issus des bases de données utilisées pour leur apprentissage. Certains artistes comme Kate Crawford et Trevor Paglen ont d’ailleurs mis en évidence ces problématiques à travers des projets critiques montrant comment les algorithmes peuvent produire des représentations erronées ou discriminantes.

Dans le cadre des arts plastiques, ces questionnements deviennent particulièrement intéressants à travailler avec les élèves car ils permettent de développer une réflexion critique sur les images numériques contemporaines. L’objectif n’est pas uniquement d’utiliser l’intelligence artificielle comme un outil spectaculaire ou technique, mais aussi d’interroger ses limites, ses implications et les transformations qu’elle provoque dans notre rapport à la création. Cette approche permet aux élèves de comprendre que les outils numériques ne sont jamais neutres et qu’ils participent eux aussi à la construction de représentations culturelles, sociales et visuelles.

Cette pratique constitue finalement une entrée particulièrement pertinente pour interroger les transformations contemporaines de l’image et les nouvelles formes de création assistée par intelligence artificielle. Elle permet d’explorer autrement le rapport entre imagination, langage et représentation tout en donnant aux élèves la possibilité de devenir acteurs et observateurs critiques des outils numériques qui façonnent désormais une partie importante de notre culture visuelle contemporaine.

Références artistiques :

Théâtre d’opéra spatial, 2022 — Jason Allen

La famille de Belamy, 2018 — Collectif Obvious

Digital works — Ai-Da

Ent-, 2022 — Libby Heaney

Memories of Passersby I, 2018 — Mario Klingemann

Mosaic Virus, 2018–aujourd’hui — Anna Ridler

Unsupervised, 2023 — Refik Anadol

Chim[AI]ra, 2024 — Justine Emard

Artificial imagination — Gregory Chatonsky

Rédiger un prompt de création à l’aide de l’IA : Fiche séquence

Loading Viewer…

Your browser doesn't support the HTML5 CANVAS tag.

Mme. Sarah Cornu - DRANE
Rectorat de Corse
sarah.cornu@ac-corse.fr

Mme Julie Albertini - DRANE adjointe - Projets
Rectorat de Corse
julie.albertini@ac-corse.fr

M. Gilles Cormi – DRANE adjoint - Pédagogie
Collège Montesoro
gilles.cormi@ac-corse.fr